L’usage professionnel de l’intelligence artificielle progresse en France : 70 % des salariés de bureau déclarent l’avoir déjà utilisée dans leur travail, soit 12 points de plus qu’en 2025. Mais le Sondage OpinionWay pour Cegid réalisé du 22 mai au 4 juin 2026 met surtout en évidence un décalage entre les pratiques des collaborateurs et le cadre fixé par les entreprises : 67 % des utilisateurs français recourent à des outils non proposés par leur employeur sans l’en informer.
Un « shadow AI » particulièrement marqué dans les ETI
Ce contournement des outils mis à disposition par l’entreprise est particulièrement marqué dans les ETI. Parmi les salariés français ayant déjà utilisé l’IA au travail, 22 % disent recourir régulièrement à un outil non proposé par leur employeur sans l’en informer, 27 % souvent et 18 % rarement. La proportion atteint 81 % dans les ETI et 77 % dans les PME, contre 52 % dans les grandes entreprises. Pour une DSI, le sujet dépasse donc l’adoption : il concerne aussi la maîtrise des données saisies dans les services d’IA, la conformité et la capacité à identifier les outils réellement utilisés.
ChatGPT en tête des outils mis à disposition
Parmi les salariés français dont l’entreprise a déjà réalisé au moins des tests sur l’IA, ChatGPT est l’outil le plus souvent mis à disposition, cité par 54 % des répondants. Il devance Gemini (34 %) et Microsoft Copilot (30 %), tandis que Claude reste plus minoritaire (16 %), devant Grok (4 %) et DeepSeek (3 %). Au total, 38 % des salariés interrogés indiquent que leur entreprise met à leur disposition plusieurs outils d’IA générative.
Une gouvernance qui peine à suivre les pratiques
En France, 41 % des salariés déclarent qu’une fonction dédiée au déploiement ou au pilotage de l’IA existe dans leur entreprise. Cette proportion atteint 50 % dans les ETI, 45 % dans les grandes entreprises et 41 % dans les PME. La formation est moins répandue : 37 % des salariés français indiquent que leur entreprise en propose, avec un taux de 47 % dans les ETI. Ce décalage entre usages et encadrement est d’autant plus sensible que l’IA intervient déjà dans des tâches à enjeu : 31 % des salariés français disent la consulter souvent ou systématiquement lors d’une décision importante, une proportion qui monte à 63 % chez les 18-29 ans.
Une perception de l’IA qui se dégrade en France
L’augmentation des usages ne s’accompagne pas d’une amélioration des perceptions. En France, 62 % des salariés associent l’IA à au moins un sentiment positif, soit 5 points de moins qu’en 2025, tandis que 51 % expriment au moins un sentiment négatif, en hausse de 6 points. La curiosité reste le sentiment le plus cité (42 %), devant l’inquiétude (35 %), la confiance (20 %) et l’enthousiasme (17 %). Ce dernier recule de 7 points en un an. L’expérience de l’IA semble toutefois peser fortement sur les perceptions : 74 % des salariés qui l’utilisent expriment un ressenti positif, contre 32 % de ceux qui ne l’utilisent pas ; à l’inverse, les ressentis négatifs concernent respectivement 42 % et 75 % de ces deux populations.
Des gains de temps encore limités en France
L’étude met aussi en évidence un écart entre diffusion de l’IA et bénéfices déclarés. Les salariés français estiment gagner en moyenne trois heures par semaine grâce à ces outils, contre six heures en Espagne, cinq au Portugal et quatre en Allemagne. En France, 26 % ne déclarent aucun gain de temps. Ces données mesurent une perception individuelle et non un gain de productivité constaté par l’entreprise, mais elles indiquent que l’augmentation des usages ne se traduit pas mécaniquement par des résultats opérationnels équivalents.
Le paradoxe des ETI
Les ETI concentrent plusieurs signaux contradictoires. En France, 76 % de leurs salariés déclarent avoir déjà utilisé l’IA dans leur travail, davantage que dans les grandes entreprises, et 85 % estiment que ces outils ont un impact positif sur les résultats financiers de leur entreprise. Dans le même temps, 81 % des utilisateurs d’IA en ETI recourent à des solutions non proposées par leur employeur sans l’en informer. Les ETI apparaissent ainsi plus avancées sur l’usage et la gouvernance, mais aussi plus exposées à des pratiques qui échappent au cadre défini par l’organisation.
